Préserver son violon

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Il est important que les musiciens comprennent bien qu’ils sont les acteurs principaux de la bonne santé de leur instrument. Voici quelques conseils que l’on peut appliquer facilement chez-soi afin de le préserver. De cette manière, ceux-ci conserveront la beauté et le son qui sont chers à leur propriétaire mais aussi leur valeur. Bien sûr, ces conseils sont aussi applicables à l’ensemble du quatuor, aussi bien les violons que les altos ou violoncelles, et plus largement aux instruments baroques et autres cordes frottées.

En cas de doute, n’hésitez pas à me contacter ou me rendre visite pour que je vous explique et montre les bons gestes.

 

L’environnement

Température et humidité

A travers nos contrées continentales de l’hémisphère nord, les changements saisonniers de température et d’hygrométrie sont significatifs tout au long de l’année. Ainsi les instruments à cordes frottées, qui sont principalement constitués de bois, un matériau qui par nature tend à se dilater en présence d’humidité et se contracte en son absence. L’architecture du violon est faite pour encaisser cette “respiration” mais ces mouvements peuvent tout de même créer quelques inconvénients au niveau des joints de colle, et plus sérieusement des fractures. Voici quelques moyens pour éviter ces désagréments :

  • Contrôlez le taux d’humidité au moyen d’un hygromètre. Certains étuis sont parfois pourvus d’hygromètres et d’humidificateurs.
  • Une hygrométrie comprise entre 55% et 70% avec une température de 17° à 21° centigrade est une moyenne idéale pour la conservation d’un instrument de la famille du violon. En dessous de 45% d’hygrométrie commence le risque de fente.
  • Au cours de l’hiver avec les chauffages en fonctionnement, la pièce où vous jouez peut nécessiter une humidification (vaporisateur, humidificateurs, plantes vertes…). Il est bien sûr important de placer l’instrument assez loin des sources de chaleur. L’idée principale étant d’éviter tout changement brutal de milieu..
  • Il est primordial d’éviter le stockage d’un instrument dans une voiture.
  • Attention aussi à l’air conditionné lors de voyage en voiture par temps très chaud avec air conditionné, ou très froid. Les variations peuvent être brutales.

Les valeurs décrites plus haut sont relatives à la région dans laquelle vous habitez. En effet, les taux que l’on retrouve en Asie, en Europe, ou en Amérique seront bien différents. Cela ne veut pas dire que les violons ne peuvent pas être joués. Mais qu’un violon doit rester dans un environnement stable depuis sa fabrication, jusqu’aux mains du propriétaire et à travers ses nombreux voyages avec le moins de variations brutales possibles.

 

 

Les gestes

Le nettoyage

Il est important d’essuyer régulièrement l’excès de colophane (idéalement à chaque fois que l’on a fini de jouer) de l’instrument à l’aide d’un chiffon sec et doux (type microfibre ou de la soie comme autrefois). Car la colophane présente sur l’archet pour assurer son fonctionnement se détache de la mèche et s’amoncèle sur le corps, la touche et les cordes. Si cette poussière de résine n’est pas enlevée elle peut contrarier le son de l’instrument et endommager le vernis. Aussi toute tentative de nettoyage ultérieure sera plus difficile et devra être réalisée par un professionnel.

La colophane n'ayant que peu ou pas été nettoyée s'amasse sur l'instrument en une couche épaisse.
La colophane n’ayant pas été nettoyée s’amasse sur l’instrument en une couche épaisse.

 

  • Il est conseillé de ne pas utiliser de la colophane à outrance, elle serait de toute manière néfaste au son et favoriserait le dépôt sur l’instrument. Demandez conseil à un professeur pour bien doser son application.
  • Je ne conseille pas l’utilisation de polish et de produits nettoyants “spécialisés” même de lutherie. Ceux-ci contiennent parfois des substances acides qui peuvent abîmer le vernis ou des huiles qui peuvent faire briller l’instrument dans un premier temps mais vont vite donner un rendu sale
  • En cas de dépôt sur la touche, il est possible d’utiliser un peu d’alcool pour dissoudre la résine. En évitant absolument tout contact avec le vernis
  • Ne pas oublier de passer de temps en temps sous la touche de l’instrument, pour ce faire, passer le chiffon dans un mouvement perpendiculaire à l’axe du violon en remontant depuis le chevalet vers la racine du violon.

 

Les parfums et vernis

Les parfums sont constitués d’alcool et d’essences plus ou moins naturelles. Très solvants et volatiles, ils peuvent dissoudre les vernis et les ramollir. Les vêtements imprégnés de parfum peuvent aussi adhérer et marquer les vernis même plusieurs heures après leur application.

 

La mentonnière

La mentonnière ne doit pas être serrée trop fort. Les deux tirants doivent être serrés de manière parallèle, juste assez pour que celle-ci tienne en place, ses coussinets en liège permettent de lui donner assez d’adhérence pour qu’elle ne glisse pas.

Une mentonnière trop serrée peut causer de gros dégâts.
Une mentonnière trop serrée peut causer de gros dégâts sur les fines éclisses.

L’étui

Lorsque vous jouez votre instrument, le bois se gorge de l’humidité de votre souffle et votre transpiration. Il est bon de le laisser reposer quelques temps avec l’étui ouvert afin de ne pas enfermer l’humidité à l’intérieur.

Par la suite il vaut mieux refermer l’étui en actionnant les mécanismes de fermeture ainsi que les tirettes car beaucoup d’accidents surviennent au rangement et au déballage de l’instrument.

 

 

Les accessoires

Les cordes

Les cordes jouent un rôle très important dans le son de l’instrument. Et même lorsque l’instrument n’est pas joué, les cordes vieillissent continuellement à cause de leur mise sous tension permanente, perdant ainsi leur éclat et leur ton. Les musiciens avancés ou professionnels n’hésitent pas à changer leurs cordes tous les six mois, voire davantage, afin de préserver leur son. Les étudiants changent généralement leurs cordes à chaque rentrée.

Si vous changez vos cordes vous-même, remplacez-les une à une afin de minimiser les chances de déplacement du chevalet et de l’âme. Par la suite elles ont un temps d’adaptation qui peut durer quelques jours avant de tenir parfaitement l’accord. Il est préférable d’éviter toute sur-tension des cordes, un accordage trop haut ou bien tirer brutalement sur celles-ci. Un autre point important à contrôler lors du changement des cordes est l’inclinaison du chevalet : celui-ci peut-être tiré par les cordes et sans être repositionné, des dégâts sur le chevalet ou le violon peuvent se produire.

La transpiration des doigts est corrosive et néfaste pour vos cordes. Afin de leur assurer une durée de vie plus longue, les nettoyer après chaque session de jeu est une recommandation. Il est même possible d’utiliser un peu d’alcool pour les nettoyer un peu plus efficacement, là encore bien veiller à éviter le contact avec le vernis.

N’hésitez pas à me demander pour vous aider à changer vos cordes. Je peux également le faire pour vous, en contrôlant les chevilles et les passages de cordes pour garantir un accordage parfait. Ce pourrait également être le moment de changer le cordier pour un modèle plus pratique ou plus adapté.

 

Les chevilles

Pour accorder un instrument à l’aide de chevilles, il faut tout d’abord tirer légèrement sur celle-ci pour la débloquer puis la tourner dans le sens de la tension juste à la hauteur désirée. Pour la bloquer, il suffit d’appuyer légèrement sur celle-ci. Il est important de chercher la justesse en montant dans le ton et non en descendant pour maintenir l’accord. Un dernier détail, il n’est pas recommandé de forcer sur les chevilles, celles-ci étant basées sur un principe de cales, une force trop importante exercée sur celles-ci entraînerait une rupture du cheviller.

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Avec le temps les chevilles peuvent devenir glissantes ou difficiles voir impossibles à tourner. Ces problèmes se manifestent habituellement pour ces raisons :

  • L’hygrométrie qui varie au cours de l’année
  • Des chevilles ou un cheviller mal ajustés ou usés
  • Des cordes mal enroulées

Les chevilles deviennent la plupart du temps glissantes pendant l’hiver, à cause de l’air sec qui contracte le bois. Le fait d’enrouler de nouveau les cordes permet de venir à bout de ce problème facilement. Dans le cas inverse, l’humidité peut entraîner une dilatation du bois et coincer les chevilles. Il suffit alors de les repositionner.

Dans le cas où les chevilles tournent de façon inégale ou sont impossibles à contrôler, un réajustement est nécessaire. Cet ajustement et un graissage bien réalisé par un professionnel (traditionnellement à l’aide de savon de Marseille et de craie) permettent aux chevilles un équilibre entre tenue et mobilité, rendant presque obsolètes les ajusteurs fins.

 

Le chevalet

Le chevalet est une pièce issue d’un processus complexe qui allie mesures précises et des travaux de sculpture très fins. Relativement fragile et n’étant fixé d’aucune manière au corps de l’instrument. Sa réalisation détermine le diapason, la hauteur et l’espacement des cordes. Voici quelques éléments à observer pour garantir une bonne utilisation du chevalet et éviter les dégâts :

  • Le chevalet doit toujours être tenu bien droit. De manière générale perpendiculaire à la table. Il est important de veiller que les pieds soient toujours complètement en contact avec la table.
  • Dans le cas où le chevalet n’est pas redressé, celui-ci risque de se tordre, voire même de casser pour les chevalets de moindre qualité. Un chevalet trop tordu doit être remplacé.
  • Une lubrification des passages de cordes à l’aide de graphites (à l’aide d’un crayon 8B ou 9B) permettent aux cordes de mieux coulisser, l’aidant à conserver sa position. Le même principe peut-être réalisé dans les passages de cordes du sillet.

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Pour prolonger la durée de vie du chevalet, inspectez souvent sa position et remettez-le en place si nécessaire. La manière la plus efficace et sûre pour le faire est de le saisir fermement à deux mains et de l’accompagner en le basculant légèrement vers sa position d’origine. Si vous avez peur de faire une erreur et n’êtes pas à l’aise pour le faire, n’hésitez pas à me rendre visite pour que je vous aide.

Dans certains cas, les cordes centrales sont difficiles à jouer séparément. Il s’agit souvent de chevalets usés ou trop plats dont la courbe supérieure n’est pas appropriée. Dans ce cas, un changement de chevalet est indispensable.

 

 

Préserver son instrument grâce aux assurances

En tant que luthier réparant et restaurant des instruments, je ne peux que vous encourager à considérer l’importance d’assurer votre instrument et votre archet. Un travail de haute qualité réalisé par un professionnel demande du temps et de l’argent. Le musicien averti le sait lui aussi.

Les regrets et soucis accompagnants le vol, la perte ou les dégâts sur un instrument sont toujours grands. Et peu importe la valeur de l’instrument, les bénéfices de l’assurance en valent la peine. Les coûts d’un tel service sont aussi étonnamment raisonnables (entre 50 et 75 euros par an pour des instruments d’une valeur jusqu’à 25 000 euros).

 

 

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