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Bois de lutherie : les violons

avec 3 commentaires

Certaines questions me reviennent très souvent à propos de sur mon métier. Notamment celle-ci : « Quels bois utilise-t-on pour la fabrication de violons, violoncelles ou altos ?« . En somme, on pourrait répondre en quelques mots puisque les bois de lutherie sont principalement : l’érable, l’épicéa et l’ébène. Malgré tout cet article va s’enfoncer un peu plus dans le sujet.

 

Le classicisme

J’aime évoquer le fait que la famille du violon est issue du courant de pensée classique du XVIIe et XVIIIe siècle. Tout comme les autres arts qui en découlent, un accent est mis sur la recherche de l’équilibre. Non seulement une maîtrise de l’expression, un idéal harmonique, mais aussi une recherche d’ordre et de symétrie. Conformément à ces critères, la lutherie du quatuor classique est née. Après tout, depuis que la sortie du premier violon de l’atelier d »Andrea Amati au XVIe siècle. Les formes, bois et techniques de lutherie utilisés n’ont que très peu évolués.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, un violon pour un musicien classique ne pourra être construit que d’érable et d’épicéa. Il devra ensuite correspondre à une vision très précise. On ne peut en effet pas altérer la forme ou les composants des instruments sans qu’ils perdent leur statut « classique ». Dans le cas où cela se produirait, on parlerait alors « d’instrument en forme de violon ».

Le violon classique est presque intouchable, mais on peut retrouver quelques variations sur les violoncelles et altos. En effet, peut-être par soucis de budget, il n’est pas rare de trouver des violoncelles construits en peuplier. Quant au vilain petit canard du quatuor, l’alto, il n’est pas rare de le voir soumis à des fantaisies d’un goût douteux. De plus, cela ne semble gêner personne.

En revanche il n’est pas question ici des violons électriques, qui représentent encore un autre univers.

Le bois de lutherie
La volute avant et après sculpture

 

Bois de lutherie

Un bois de lutherie est par définition un bois de qualité suffisante pour être utilisé dans la fabrication d’instruments acoustiques. Ceci implique un certain nombre de paramètres spécifiques :

  • Une récolte appropriée : le bois doit être récolté à maturité et pendant l’hiver. Du fait que la sève et les nutriments libèrent le tronc pour s’accumuler dans les racines. Ces précautions garantissent alors un bois sain, plus résonnant et résistant dans le temps.
  • Un sciage précis : le bois est scié ou fendu dans le sens du fil pour une résistance structurelle optimale. Par ailleurs, cela conserve un reflet symétrique dans le cas de pièces de table ou fond jointées.
  • Un séchage naturel : Une fois débitées, les pièces de bois sont stockées pour un séchage qui peut durer plusieurs années. On peut ensuite commencer à les travailler à partir de 3 à 5 ans de séchage. Il n’est en revanche pas rare de voir des instruments fabriqués avec des planches centenaires.
  • Une densité calculée : La densité du bois doit être prise en compte lors de la réalisation d’un instrument. On écartera en général les pièces trop lourdes, ou trop légères.
  • Les figures : En premier lieu, les pièces sont choisies pour leur qualités esthétiques. En effet celle-ci vont fournir un impact visuel important et donneront un caractère particulier à l’instrument.

 

Le bois de lutherie à Crémone

Si vous voulez connaître l’histoire de l’épopée du bois de lutherie à la grande époque d’Antonio Stradivari et Guarneri Del Gesù. Je vous invite à lire l’article suivant : Le son de venise : le secret des maîtres italiens.

 

 

Les essences et leur emploi

Les essences communes

L’épicéa (picea abies)

L’Épicéa est une espèce d’arbres résineux qui se trouve en abondance dans les massifs alpins ainsi qu’en Europe de l’est. Il produit un bois à plutôt léger qui dispose d’une très bonne rigidité dans sa longueur. Ce sont ces principes qui intéressent les charpentiers tout autant que les fabricants d’instruments.

La principale qualité de ce bois réside dans ses cercles de croissance, une succession de pousse d’été (tendre et légère à la couleur claire) et d’hiver (robuste et rigide à la couleur sombre). Celles-ci s’accumulent de manière concentriques au fil des années. Les arbres poussant dans de bonnes conditions climatiques possèdent des cernes larges. C’est pourquoi on ne les utilise pas en lutherie artisanale. Au contraire les arbres qui poussent dans les rudes régions montagneuses ont une pousse bien plus lente. De ce fait, leur pousse plus équilibrée les rend plus apte à servir comme table d’harmonie. D’ailleurs, le bois de lutherie que l’on trouve aujourd’hui provient du principalement du Jura, des Alpes Italiennes ou Bavaroises.

l'épicéa alpin
l’épicéa alpin est utilisé en lutherie pour les tables d’instruments acoustiques

 

Un bon épicéa de lutherie doit être exempt de défaut (poche de résines, nœuds, etc…) et posséder des cernes équilibrées. Celles-ci permettront un travail régulier sur la pièce. Il devra également montrer des qualités acoustiques : une bonne rigidité et une densité adéquate. C’est ce qui permettra à une table d’harmonie de vibrer librement sans risquer de s’effondrer sous le poids des cordes. Enfin c’est sur du bois travaillé dans le sens des fibres (après avoir été fendu et non scié) qu’on obtient tout le potentiel acoustique et structurel de l’épicéa.

Les éléments du violon qui sont composés d’épicéa : la table et la barre d’harmonie, l’âme, les blocs et contre-éclisses.

 

L’érable (acer)

L’érable est présent sur la majorité des régions tempérées du globe. On le retrouve aussi bien en Europe que dans le nord des États-Unis, ou en Asie dans différentes sous-espèces. C’est pourtant les variétés européennes qui sont utilisées dans la lutherie traditionnelle. L’essence la plus recherchée est l’érable de Bosnie, qui se développe dans les forêts montagneuses des Balkans. Celle-ci est supposée avoir été utilisé par les luthiers de Crémone lors de leur âge d’or au XVIIe et XVIIIe.

Il s’agit d’un arbre plutôt répandu, mais très peu d’entre eux seront finalement sélectionnés comme bois de lutherie. En effet, outre la densité et leur potentiel acoustique, on juge l’érable sur ses atouts esthétiques. C’est pourquoi seulement ceux possédant des ondes ou flammes intéressantes sont retenus. C’est une particularité génétique que l’on ne retrouve que sur environ un arbre sur huit-cent.

l'érable
L’érable est un arbre commun dans toute l’Europe

 

Le violon est principalement constitué d’érable, celui-ci se retrouve généralement sur : Le fond, les éclisses, le manche et la volute. Le chevalet est lui aussi en érable, mais sa méthode de sélection est pratiquement l’opposée de celle utilisée pour l’instrument.

 

Le saule (salix)

Le saule est un arbre qui pousse aisément dans les zones humides ou marécageuses. C’est une essence légère et facile à travailler qui est parfois utilisée pour façonner des blocs et des contre-éclisses à la place de l’épicéa.

 

Le buis (buxus)

Le buis est un arbuste à la croissance lente que l’on trouve un peu partout en Europe. Il est principalement utilisé pour tourner les garnitures du violon, telles que : les chevilles, le bouton, le cordier. Il peut également servir pour quelques réparations.

 

Les essences exotiques

L’ébène (diospyros)

L’ébène est un bois très dense et sombre qui est importé d’Inde, d’Afrique, ou de Madagascar.

Son utilisation a succédé celle de l’érable et de l’os sur les touches et sillet des violons baroques. Cette essence offrait en effet une meilleur résistance l’usure des cordes en métal qui succédèrent aux boyaux.

On retrouve l’ébène notamment sur la touche et les sillets. Mais les chevilles, les boutons et autres accessoires peuvent aussi être façonnés dans cette essence.

l'ébène est un bois exotique que l'on retrouve dans les climats tropicaux.
l’ébène est un bois exotique que l’on retrouve dans les climats tropicaux.

Le palissandre (dalbergia)

Le palissandre est une autre variété de bois exotique importée d’Inde, du Brésil ou Madagascar. On l’utilise principalement pour tourner les chevilles, boutons et sculpter les cordiers ou mentonnières.

 

 

Les matériaux de lutherie du futur

Depuis quelques années nous assistons à un renouveau dans les matériaux de lutherie. Il s’agit souvent de matériaux créés par l’homme pour sauvegarder des ressources devenues trop chère ou trop rares. Ainsi nous avons vu l’apparition de faux-ivoire, faux-ébène ou faux-pernambouc dans les ateliers.

Parmi les composites les plus populaires pour le remplacement du bois, il y a le carbone. C’est en effet une matière plutôt simple à mettre en forme, légère et résistante : une sorte de super bois. Sur le papier, la fibre de carbone semble idéal pour une utilisation acoustique en offrant de bonnes performance à un prix réduit. Tellement à vrai dire que sont apparus sur le marché de nombreux instruments et archets en carbone.

les violons en carbone
Les violons en carbone, la prochaine étape?

 

D’autre part il est assez facile de nos jours d’avoir accès à de l’ébonite. C’est un substitut à l’ébène tout à fait bluffant, qui peut se sculpter comme l’essence naturelle. Il en va de même pour l’ivoire et l’os de synthèse.

En guise de conclusion, pensez-vous que les matériaux modernes pourront un jour complètement remplacer les essences naturelles telles que nous les connaissons?

 

 

3 Responses

  1. LEGUAY joel
    | Répondre

    Bonsoir Madame, Monsieur,
    Nous avons dans notre garage une planche de bois venant d’Afrique, soit disant un bois précieux.

    Nous avons une petite fille qui aime beaucoup la musique? les sons,

    Après vos conseils, pouvons nous en faire un instrument de musique.. certainement pas facile de le dire… MAIS…

    J peux vous envoyer une photo, ou que dois-je en faire…?

    peut-être un violon !!!

    Je ne connais rien, mais ce bois est dans mon garage depuis plus de 25 ans, venant d’Afrique, bien emballé, de mon Beau père.

    Merci pour votre réponse .

    M. LEGAU J.
    06 72 98 38 75 ou par mail.

    merci à vous.
    Cordialement.

  2. Pascal Leonardi
    | Répondre

    Bonjour,
    Que pensez vous du bois de rose pour les garnitures et du bois de serpent ?
    Et du permambouc pour le cordier ?
    Merci
    Pascal

    • En fait, ce sont aussi des options intéressantes. D’un point de vu sonore, cela influence le timbre et c’est pourquoi certains musiciens ont décidé d’opter pour des cordiers en pernambouc qui leur convenaient mieux. Ceux-ci sont assez facilement disponibles, même si ce ne sont pas les plus communs. Par contre pour les autres, cela peut se trouver chez quelques fabricants, mais il faut chercher un peu plus. Par contre, il faut absolument éviter le « buis asiatique » qui est en fait du plaqueminier.

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